Chers lecteurs,

Nous nous étions quittés début 2016 après une lutte acharnée de plusieurs mois contre Monsieur Didier, maire de Gap et les responsables du Canal de Gap. L’affaire étant dès lors en « stand-by » nous ne pouvions que ronger notre frein en attendant la suite des évènements.

L’avis d’enquête d’utilité publique lancée à ce moment-là par l’ASA du canal de Gap concernant le prélèvement d’eau de surface potabilisable pour la ville de Gap au lieu-dit les Ricous avait soulevé la colère de l’ensemble des habitants, élus du Champsaur et nombre de citoyens consommateurs et élus du bassin gapençais. L’Arrêté Préfectoral n° 05-2016-12-15-13 de décembre 2016 a donc donné autorisation au Canal de Gap d’instaurer des périmètres de protection jusqu’au 31/12/2020 le temps de déployer un approvisionnement en eau potable sécurisé à partir de la nappe des Choulières, dont acte…

Pour autant, et nous l’en félicitons, Monsieur Philippe Court Préfet des Hautes-Alpes ayant pris note et entendu nombre d’acteurs locaux n’allait pas lâcher l’affaire aussi facilement au grand dam des représentants du canal et de Monsieur Didier, Maire de Gap, d’autant plus qu’aider par la sécheresse inédite de cette année 2017 (dixit M. Nebon, président de l’ASA) l’eau manque cruellement et les débits sont au plus bas.  Et monsieur le Maire de Gap de dire, interrogé à ce sujet par les médias: « Gap a des ressources en eau potable jusqu’en novembre 2017″… Je lui signale que nous sommes déjà le 13 octobre et que le ciel n’a pas l’air de vouloir déverser la moindre goutte de pluie pour enfler ruisseaux et torrents alors que des milliers de mètre cube d’eau dorment paisiblement dans la nappe des Choulières… À bon entendeur…

Pourtant ce ne sont pas les alertes et autres avertissements émanants de divers acteurs locaux et élus qui ont fait défaut à nos piètres acteurs et je me rappelle personnellement de l’intervention de notre collectif en séance du conseil municipal de Gap du 11 décembre 2015 où nous avions mis, entre autre, l’accent sur la problématique climatique, évacuée d’une pirouette par Monsieur le Maire de Gap qui nous avait rétorqué: « jamais il ne manquera d’eau potable à Gap ». Je signale à Monsieur Didier que si les dieux de la pluie persistent à rester en grève il ne lui restera plus qu’à invoquer les chamans indiens. Nous n’allons pas non plus invoquer à nouveau tous les éléments en défaveur de nos deux belligérants comme entre autre les nouveaux débits réservés qui entreront en vigueur en 2020 et qui réduiront de fait drastiquement les possibilités de prélèvements d’eau dans le torrent du Drac.

Compte rendu de l’article DL du 12/10/17

Voici donc un bref compte rendu de l’article du Dauphiné Libéré d’hier, 12 octobre 2017 pour lequel le Collectif-Drac a été sollicité et dont nous en remercions l’auteur M. Cyrille Crespy.

La première avancée probante à nos yeux est l’inversion des positions dominantes jusqu’alors entre les mains du canal et du maire de Gap qui se jouaient des institutions au gré des mutations de nos préfets. Elle est désormais, avec l’arrivée de Monsieur Court, Préfet des Hautes-Alpes, plus compliqué à tenir car le Préfet a bien acté la précarité et la vulnérabilité du dispositif actuel d’approvisionnement en eau.

La seconde est la mise en demeure par la préfecture des deux impétrants de mettre en conformité les infrastructures utilisées pour acheminer l’eau potabilisable sur la commune de Gap. Il est vrai que l’ouvrage, plus que centenaire, n’a jamais répondu aux normes sanitaires de transport d’eau potable pour la bonne et simple  raison qu’il s’agit d’un canal destiné à l’arrosage des terres et non pas au transport d’eau potable et ce ne sont pas quelques « tôles » bricolées ça et là comme l’indique Monsieur Nebon de l’ASA  dans l’article du DL du 12 octobre qui empêcheront l’intrusion d’eaux non contrôlées (et bien d’autres éléments potentiellement polluants) tout au long du canal et que la garantie sanitaire sera assurée, loin de là. Ce ne serait même pas un emplâtre sur une jambe de bois. Il faudra, n’en déplaise à l’ASA du canal de Gap,  investir dans une conduite spécifique sur la longueur totale du canal à savoir des Choulières (si enfin cette solution est adoptée) jusqu’au site des Jaussauds où débute le réseau d’eau potable de la ville de Gap.

Il y a donc matière à espérer pour les communes riveraines de la prise d’eau des Ricous, pour les agriculteurs consommateurs d’eau d’irrigation de la vallée du Champsaur, pour les associations piscicoles de la vallée du Drac mais surtout pour les utilisateurs et consommateurs d’eau du bassin gapençais.

Sans souhaiter une année de calamité comparable aux dix plaies d’Egypte, nous espérons que cette sécheresse amènera un peu de sagesse dans les actes à venir de Monsieur le Maire de Gap et des dirigeants du canal de Gap.

Il est à noter que l’eau potable relève de la compétence de la ville de Gap et qu’il est irresponsable de s’exposer à une pénurie prévisible et probable d’eau. La mairie et le maire en seraient totalement responsables. La solution de sécurisation de l’eau de Gap est identifiée depuis plus de 10 ans et elle est tout à fait à la portée financière de la mairie de Gap. Monsieur Didier explique qu’il craint de se trouver sous le coût d’une double facturation Asa canal de Gap et le SIENAD ce qui est faut puisque le SIENAD est un organisme qui est amené à facturer au prorata de la consommation de chaque commune adhérente. Monsieur Didier expose ici un faux problème et un faux argument que nous allons exposer ci-dessous en chiffres.

Compte rendu de l’article DL du 13/10/17

Je viens de prendre connaissance aujourd’hui 13 octobre d’un droit de réponse de Monsieur Vincent de Truchis, directeur du canal de Gap, qui expose ses doléances et aligne des chiffres aux chiffres de telle manière qu’on se demande s’il s’agit d’un article ou d’un compte d’exploitation prévisionnel.

S’il faut aligner des chiffres, nous pouvons nous aussi en aligner et ils seront certainement plus digestes que ceux de Monsieur Didier ou Monsieur de Truchis.

La mise en demeure faite par Monsieur Court, Préfet des Hautes-Alpes, à Messieurs Nebon et de Truchis de l’ASA du canal de Gap concerne la mise en conformité des infrastructures d’acheminement de l’eau de manière à étanchéifier le canal pour supprimer les intrusions d’eaux non contrôlées. En effet, a quoi bon instaurer des périmètres de protection à la prise d’eau des Ricoux sur le Drac si tout au long du canal des eaux dont on ne maîtrise absolument pas l’origine pénètrent dans le canal !

Nous avions apportés, lors du conseil municipal de la mairie de Gap en décembre 2015, des éléments probants quant à la comparaison des coûts.

La ville de Gap se doit de manière impérative de mettre en conformité son usine de traitement des eaux pour un coût d’environ 2,5 à 3 millions d’euros et cela non subventionné. À ce chiffre il faut rajouter environ 90 000 euros de traitement annuel alors que dans un même temps, le coût d’une usine de pompage sur la nappe des Choulières y compris l’adduction d’eau depuis les Choulières jusqu’à la connexion avec le réseau de Gap en contrebas des Jaussauds reviendrait à un investissement (subventions déduites) de 1,5 à 2 millions d’euros pour la mairie de Gap. La différence réside dans le fait que l’usine de traitement des eaux n’est que très peu subventionnée contrairement à la création d’une usine de pompage et son adduction complète avec un financement de l’ordre de 70 à 80% dans le cadre du SAGE. D’autre part, l’eau de la nappe des Choulières n’a pas à subir de traitement de potabilisation ce qui diminue drastiquement sur le long terme les coûts afférents à la potabilisation de l’eau.

Pour terminer, comme le dit Monsieur Didier dans l’article du Dauphiné Libéré, la possibilité de création d’une Pico-centrale hydroélectrique est possible et est même rentable pour la mairie quand on sait que le turbinage de la pico-centrale rapporterait environ 20 000 euros par an sur 10 ans d’investissements et 130 000 euros par la suite.

Il y a donc beaucoup de choses à méditer mais en se pressant toutefois un peu.

En attendant la suite, je vous souhaite un excellent weekend.
Bernard Beissier